En janvier je n'avais pas blogué.
Impression de ne pas avoir toutes les clés pour comprendre. Pas su trouver les mots. Et puis trop de conneries choses avaient été écrites et le moment était passé. Ce soir je ne dis pas que c'est mieux, mais au fil de cette abominable année, j'ai épuisé mes capacités à angoisser en silence. Faut que ça sorte. Ce soir j'ai trop peur.

Depuis vendredi soir, je suis sous le choc.
Comme beaucoup de monde j'imagine. Enfin, je n'imagine pas, je le vois partout sur les réseaux sociaux. Depuis vendredi soir, nous sommes sous le choc.

Perso j'ai les larmes qui perlent aux yeux à chaque fois que quelqu'un me demande "Ça va toi ? T'avais personne là-bas ?". Et j'ai de la chance, non, je n'avais personne "là-bas", là où même avec du coeur et du courage, plus de 130 personnes ont perdu la vie. Mon coeur se serre et se brise à la pensée de ceux qui y étaient, là-bas, ou qui y ont laissé quelqu'un.
Je croise des gens avec les larmes aux yeux comme moi, et j'ai envie de les serrer dans mes bras. Et je le fais, d'ailleurs. De parfaits inconnus, qui chialent à l'unisson. Parce que ça fait du bien, une dose d'amour et de compassion quand on est face à l'horreur.

Je ne regarde pas la télé. Hé, tsé quoi ? Ça n'empêche pas d'être informé.
Ça aide en revanche à filtrer (un peu) toute la merde haineuse et vengeresse qui n'aura même pas attendu que les corps soient froids et que les familles aient fini de retrouver leurs morts, ne parlons même pas de les pleurer, pour commencer à se répandre sans vergogne sur mon drapeau tricolore et à s'infiltrer dans les silences de ma Marseillaise.
Pourtant il est beau mon drapeau, il me parle de solidarité, de liberté, d'égalité et de fraternité. Je n'adhère pas forcément au côté sanguinaire de notre hymne national, mais comme tous les hymnes, il est aussi un chant d'union et j'ai les poils quand je l'entends vibrer dans des centaines de gorges nouées d'avoir trop pleuré.

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(A partir de là je t'invite à cliquer sur les liens, il y a de l'amour et des neurones dedans)

Sur Twitter, elle est belle ma TL. Elle me parle de compassion pour les victimes et leurs proches, d'entraide entre simples humains, d'admiration pour nos services de secours, de centres de don du sang saturés, d'envie de vivre et d'encore plus en profiter.
Elle me parle aussi de gens que l'émotion n'empêche pas de réfléchir et qui s'expriment tellement mieux que moi pour parler d'espoir et de douceur dans ce monde de brutes, ou démonter certaines conneries bien trop relayées. Je vois cet élan, je retweete tous ces gens et je te le donne en mille... j'ai envie de pleurer.

J'ai les poils, et j'ai les larmes.
Et depuis vendredi, j'ai la peur au ventre, aussi.

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Parce qu'il n'aura pas fallu longtemps pour que nos dirigeants prennent à la lettre le côté vengeur et sanguinaire de la Marseillaise et prennent le chemin de l'union, certes, mais dans la violence et son escalade.
Moi c'est ça qui me fait peur : pas tellement les terroristes, mais les politiques et leur pensée étroite et guerrière. Parce que les terroristes, ils peuvent me tuer, certes (Je vais te dire, y a des matins j'en ai tellement assez de vivre dans ce monde de merde, à la limite...). Mais nos dirigeants, ils peuvent me condamner à vivre dans un monde peu à peu privé de liberté. Ironie suprême pour la France, quand même...

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Pourtant, on en prend le chemin...

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Dans l'urgence. Sans tirer de leçons du passé ou des conneries des autres (Coucou les Ricains ! Bisous le Patriot Act !). Sans se poser de questions. Sans nous poser de questions.

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Et j'ai peur, vraiment, j'ai la trouille au ventre de me réveiller un de ces quatre matins dans un monde en guerre, parce qu'ils l'auront décidé.
Parce qu'envoyer des bombes sur la gueule d'autres péquins, et ensuite déplorer sobrement les "dommages collatéraux" (Traduction : des gens innocents comme toi et moi) - mais vous comprenez, on était obligés, c'est eux qui ont commencé - c'est tellement plus simple que de rechercher les causes du mal (Rhooo t'imagines, et si on avait contribué à créer les monstres ? Nooon chuut, tais-toi, cache moi ça, on va lancer des représailles et de l'espionnage de masse, plutôt) (Ils sont tellement cons les Français, ils applaudiront des deux mains) (Remets-leur un petit coup de Marseillaise pour les aider à avaler).
La guerre c'est plus spectaculaire, ça fait plus d'audience sur BFMtévé et plus de points dans les sondages pour 2017. Comme je l'ai lu tellement mieux exprimé ici : je ne suis pas d'accord !

Mais n'empêche qu'elle est toute petite ma voix. Surtout étranglée par la peur comme elle l'est.


NdT : je n'ai pas repris tous les tweets et les liens que j'ai contribué à relayer, sinon t'étais bon pour une tendinite à force de scroller (Hein que je prends soin de toi, lecteur de mon coeur ?) mais je t'invite à faire un tour sur ma TL si tu veux creuser le sujet.