ecolier-qui-court.jpgL'autre jour, en visite chez la branche reproductrice de la famille je glandais sur leur canapé quand on m'a suggéré d'aller chercher mon neveu à l'école au lieu de rester là à boulotter ses Kinder chocolat comme je suis super sympa, j'ai spontanément décidé d'assumer la corvée du ramassage scolaire.

"Ne te trompe pas d'école hein, il est à celle des grands maintenant"
Tu parles comme je risquais de l'oublier, il avait bien dû me répéter cent fois depuis la rentrée que c'était fini pour lui l'école des petits et que c'était plus un bébé et que bientôt il serait assez grand pour me marier.
(Oui parce que ce petit ange a décrété que c'était pas cool que sa Tata Patata ne soit pas mariée comme toutes ses autres tatas alors il est prêt à se sacrifier. Mais vraiment si je ne trouve personne d'autre parce que quand même à son école y a Emeline qui lui plaît bien et peut-être il voudrait bien la marier aussi, il sait pas, il va réfléchir).

En attendant je me suis donc acheminée vers l'école sur le coup de 16h.
je connaissais moyen le chemin, mais c'est assez facile à trouver une école, il suffit de suivre les autres gens : quand vers 16h tu as plus de 4 adultes qui marchent d'un pas décidé dans la même direction, tu as des chances d'être dans la bonne.
Ou alors ils sont voisins et sortent tous du boulot à la même heure, mais franchement le co-voiturage à pied je ne vois pas trop l'intérêt.

Et bingo, je me suis retrouvée devant les grilles de l'école, à attendre que la cloche sonne.
Devant la BONNE école en plus, je suis vraiment trop forte que je m'auto-congratulais pour me réchauffer tout en sautant surplace pour passer le temps. A moins que ce ne fût l'inverse. Jusqu'au moment où la cloche a sonné ça signifiiiiie la rue est à nouuuuuus que la joie vienneuuuuuh et où des dizaines de petits humains ont commencé à s'égailler en piaillant.

Nom d'une frite, mais où donc était le mien, de petit humain ?!!
Arrête de te moquer, c'est qu'ils sont tous pareils ! Même hauteur, mêmes cris, mêmes mouvements de bras, même course folle de petits bibendums sous LSD; ils sont tous tellement bien emmitouflés, on leur voit que les z'yeux !! COMMENT JE VAIS RECONNAÎTRE MON NEVEU ?!!

Angoisse.
Tu vois ta vie défiler devant tes yeux, tu vois ta mort dans d'atroces souffrances si jamais tu rentres bredouille à la maison : "Heu ben, je l'ai pas trouvé. On a qu'à attendre qu'il ait faim et qu'il rentre pour goûter, non ?"
Réfléchis Patate, réfléchis.
Il était habillé comment déjà ce matin ?
Un manteau, une écharpe et un bonnet. Damned, ils ont TOUS un manteau, une écharpe et un bonnet, c'est bien ça le problème.
De quelle couleur déjà ? Noir ? Ou Peut-être gris ? Ou alors violet ? L'angoisse, tu sais pluuuuuuus... Tu songes à appeler sa mère pour vérifier, c'est dire à quel point tu es désespérée.

Soudain, l'idée : si toi tu ne le reconnais pas, peut-être que LUI il sera plus doué; il est intelligent cet enfant, il suffit d'attendre qu'il te trouve.
Le petit là, il a l'air de courir vers toi, tu plisses les z'yeux, arghhh tu ne sais pas. Tu ébauches un sourire, tu fais un signe - tu as l'air débile - mais au dernier moment il change de trajectoire pour se jeter sur le papa juste à côté. Damned ! Plutôt mignon, le papa
En même temps, c'est pas le tout de quitter la cour de l'école avec un mioche sous le bras, si tu ne ramènes pas le bon à la maison, sa mère va quand même te tuer.

Tu profites que ta main est en l'air pour faire genre c'était exprès, et tu ôtes ton bonnet histoire de mettre toutes les Dieux de la reconnaissance faciale de ton côté. Génial. Maintenant tu es pétrie d'anxiété et tu as les oreilles gelées.
C'est que petit à petit, la foule des parents s'amenuise, le flot des enfants se tarit et tu n'as toujours pas aperçu le tien. Et si quelqu'un l'avait kidnappé ? Et s'il t'était passé sous le nez aux mains d'un étranger sans que tu n'aies rien remarqué ?! Ton regard scanne les visages, mode "traque de pédophile" activé. Ouais non, c'est des parents quoi, ils discutent le bout de gras, ils sont tranquilles, ils savent reconnaître leurs gamins, EUX.

En attendant tu continues de scruter les z'enfants.
Arrête de regarder les petites filles, Pataaaaate, on s'en fout que celle-là ait un manteau trop mignon ou que tu aies envie de demander d'où viennent ses jolies bottes fourrées de celle-ci : reste concentrée sur les petits garçons.
Celui-là. Celui-là c'est le bon ! Tu le sens, tu le sais, tu n'es pas si nulle après tout, tu l'as retrouvé, tu tends les bras et... il se jette dans ceux de la grosse dame devant toi. Purée mais c'est pas possible là, tu t'es trompée d'endroit ? Y a combien d'écoles dans ce patelin ?!

* palpitations *
"Oh Tata Patata, c'est toi qui vient me chercher ? C'est cool. Tu veux pas me porteeeeer ?"
Un petit humain te regarde en souriant par-dessous son bonnet (Marron et bleu ciel purée, je le SAVAIS) (Patate tu crains, c'est le bonnet et l'écharpe Taz que tu lui a offerts l'an dernier), tu ne l'as même pas vu approcher. Tu t'agenouilles et il se pend à ton cou.

Ta gueule p'tit con, avance, on a pas idée de faire peur aux gens comme ça
"Oui mon petit coeur * grand sourire serein * aujourd'hui c'est moi. Allez viens, on fait la course jusqu'à la maison".

Non mais l'autre hé, il croyait quand même pas que j'allais le porter ?!