Piggy.jpgTe pose pas trop d'questions
Tu sais petit, c'est la vie qui répond

Mange tes carottes, ça rend aimable et les cuisses roses.
Et plus on me le répétait, et moins j'avais envie d'en manger. Aimable avec les cuisses roses... c'était sûr, à force de manger des carottes j'allais me réveiller un matin transformée en Piggy la cochonne; adieu le nez, bonjour le groin !
Alors je mangeais mes carottes en tirant une tronche de 10 pieds de long, pour conjurer le sort et ralentir la transformation.

Fais attention en mangeant des oeufs, si tu avales des coquilles, tu auras l'appendicite.
Je me suis longtemps demandé ce que c'était que cette étrange maladie, la "pindicite", mais je n'ai jamais posé plus de questions. Parce que tu sais petit, c'est la vie qui répond je suis encore de cette génération où l'on n'écoutait pas vraiment les questions des enfants, et puis je ne voulais pas qu'en entendant son nom, la maladie vienne me chercher.
Mais j'étais sage, je faisais bien attention aux coquilles, en mangeant mes oeufs, alors je ne risquais rien. Hein ?

Ne sors jamais de la maison avec une culotte sale ou trouée ou à l'élastique fatigué.
Parce qu'on ne sait jamais, si tu avais un accident et que les pompiers devaient te déshabiller...! * silence et regard entendu : ne sois pas la honte de la famille *
J'ai longtemps cru que ça faisait partie du travail normal des pompiers, de dévêtir les gens.
Et je changeais toujours de culotte, quand je devais sortir de la maison.

Travaille à l'école si tu ne veux pas finir comme lui.
Lui, c'était l'ivrogne/SDF qui mendiait à la sortie du café. Il n'y en avait qu'un, dans le village, tout le monde le connaissait. Il n'était sans doute pas méchant mais il faisait peur aux enfants; parfois exprès, dans une grimace en montrant ses dents. Il était laid et ses vêtements tout troués (Lui, il s'en fichait des pompiers), et tout ça parce qu'à l'école il n'avait pas assez travaillé.
Mais moi je ne risquais rien, parce que j'écoutais en classe et que je travaillais bien.

C'est toi la plus grande, sois sage, montre l'exemple.
Alors j'étais sage, bien élevée, polie, d'autant plus que les autres étaient turbulents.
Je ne faisais pas de caprices, je ne rajoutais pas de tracas aux adultes autour de moi. Pas de vagues, pas d'erreurs c'est Lesieur, pas d'errances, je ne m'en sentais pas le droit; je devais montrer l'exemple, moi !
J'ai mis du temps avant de réaliser que je pouvais me tromper sans être forcément montrée du doigt. (A vrai dire, c'est tout récent, c'est à madame Mapsy que je le dois)

Un jour, ton Prince viendra.
Un regard et il sera fou de toi. Il sera grand, beau et intelligent; vous vous comprendrez sans même avoir besoin de parler; il sera ton double parfait, ta tendre moitié; vous vous marierez, vivrez dans une grande et belle maison, et serez heureux jusqu'à la fin des temps. Laisse-moi te dire que j'ai cessé de l'attendre : j'ai acheté un vibromasseur mon propre appartement !

Ayant grandi la tête farcie de ces conneries, j'atteins désormais les 35 balais.
(Et j'ai dû reprendre le Bescherelle pour vérifier la terminaison d'atteindre à la 1ère personne du singulier du présent de l'indicatif, moi pour qui les verbes du 3ème groupe n'avaient aucun secret, si c'est pas une pitié !)
Je vis seule depuis plusieurs années, avec un chat qui finira sans doute par me dévorer.
Je cherche un sens à ma vie et un peu de sérénité, c'est une lutte de tous les jours. Et tous les jours je croise des sans-abri, sachant qu'il suffirait de quelques mois de chômage ou de maladie pour me retrouver à leurs côtés.

Je suis de moins en moins aimable, pourtant j'adore les carottes !
Dans mon tiroir, il y a 46 culottes.

Et je continue de faire très attention en préparant les omelettes.
C'est que mon appendice est toujours là, tu vois.