attente-au-feu-rouge.jpg
C'est le matin, c'est le printemps, il fait enfin jour quand on part bosser.
La patate-mobile est... immobile, coincée qu'elle est dans la longue file de véhicules qui attendent au feu rouge. Un feu rouge, deux feux rouges, trois feux rouges, carrefour bouché, ça avance au compte-goutte.

Bien au chaud dans l'habitacle (Ben quoi, c'est le printemps mais le matin il fait encore frisquet !) (En avril ne te découvre pas d'un fil, t'as pas oublié ?), pas stressée pour deux sous car pour une fois partie à point, Dame Patate écoute la radio.
La météo, les pubs, les infos, les re-pubs, les flashs spéciaux, les re-re-pubs, et la musique, ah ben c'est pas trop tôt.

Comme la plupart des trentenaires, votre tubercule est branché sur la radio des anciens-jeunes-qui-commencent-à-trouver-que-la-musique-c'était-mieux-avant. Ne le nie pas, hypocrite lecteur, mon semblable mon frère, je SAIS que toi aussi tu écoutes Nostalgie (Et non, ceci n'est PAS un billet sponsorisé, j'assume !).
Même que quand j'étais une vraie jeune, je me foutais de la tronche de mes parents qui en faisaient autant - écouter Nostalgie, pas se foutre de ma tronche.
Dieu merci, dit-elle pour se justifier, la programmation musicale a un peu évolué (Oué parce qu'à l'époque, le mal c'était les années 80/90) (Les chansons en anglais, évidemment, parce qu'ils passaient sans problème Phil Barney).

Bref, de temps en temps je zappe un peu paske Zaz et Christophe Maé 10 fois dans la journée, c'est juste pas possible, mais ce matin-là sur Nostalgie, y a le programme qui va. La preuve : ma voisine de bouchon, coincée comme moi depuis 10 minutes dans la file à côté, écoute la même radio.

Et comment tu le sais, Pataaaaaate ?
Le lecteur attentif se souvient que c'est encore avril, le fond de l'air est frais, n'ouvre pas tes vitres d'un fil, toussa toussa (Et ouais, si t'écoutes pas ta mémé, tu vas tousser tousser), je ne PEUX PAS entendre la musique de la voiture d'à côté.
Et non, l'auditeur de Nostalgie, c'est pas le genre qui pousse le volume à fond les ballons, il est un peu honteux, quand même bien élevé, lui.

Comment je le sais alors ?
Tout simplement parce qu'au moment où, transportée par un élan juvénile, la bouche grande ouverte sur le "And Aaaaaaaaaaa-haaaaaaaa-aaaaaaaï" qui entame le refrain de la chanson de Whitney Houston, je lève mes yeux vers le ciel et accessoirement, tourne ma tête vers la droite.
Et là je remarque ma voisine d'embouteillage, une trentenaire comme moi, dont les lèvres bougent à l'unisson des miennes au son de "wiiiiill alwèèèèèèèèèèèys love youuuuuuu houuuuu-ouuuuuuuuu-aaaaaaaaaaaï will alwèèèèèèèèèèèèys (etc etc)".

Nos regards se sont croisés, on a éclaté de rire, et on a continué à massacrer singer cette brave Whitney, chacune dans sa voiture, jusqu'à ce que le feu vert soit enfin pour nous. Je parierais qu'elle aussi avait été voir Bodyguard au cinéma.

En tout cas ce matin-là, malgré les tracas du trajet, Dame Patate avait la banane pour commencer à bosser.