Chose qui n'arrive pas souvent.

En partie parce que j'ai tendance à réserver cette ruine financière doublée d'une épreuve misanthrope qu'est le cinéma aux films dont le visionnage exige une technologie rendant justice aux effets spéciaux et au grand spectacle de la mise en scène (J'ai vu Wonder Woman, par exemple, tiens, j'aurais aussi pu venir t'en parler), en partie parce que, il faut bien l'avouer, notre production nationale est plutôt nulle moyenne et souvent chiante pseudo-intellectuelle, quand elle n'est pas carrément daubesque à base de "gauloiseries" starring Christian Clavier (Qui n'a plus été drôle depuis au moins... les Visiteurs) (Et encore, je ne sais pas s'il l'était encore vraiment ou si c'est juste moi qui étais une grande nouille de 16 ans) (Oui, j'avais 16 ans quand Les Visiteurs sont sortis au ciné) (Oui, LE PREMIER) (Ta gueule !).

Bonjour, je m'appelle Patate, je fais des phrases de 10 lignes et je regarde peu de films français. Encore moins depuis que je n'ai plus la télé et que je n'attrape donc plus leur (re-)diffusion sur le petit écran. Mais pour ces deux-là, j'ai fait l'effort de me traîner jusqu'au ciné, et je ne l'ai pas regretté.

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A ma gauche, Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (NdT : celui qui réalise ses clips).

Ce n'est pas un secret, je suis plutôt fan de Grand Corps Malade et j'avais très envie de voir ce que pouvait donner son histoire racontée sur grand écran plutôt que par chansons interposées.
Pour ceux qui l'ignorent, son nom de scène vient de ce grand corps de basketteur tout cassé par une connerie de jeunesse, qu'il a réussi à rééduquer et apprivoiser jusqu'à "simplement" aujourd'hui marcher avec une canne alors qu'il s'était retrouvé paralysé de dessous la tête jusqu'aux pieds. On se doute bien de ce que ça a pu demander comme efforts et comme ajustements, mais c'est assez impressionnant de voir se dérouler "en vrai" son année en centre de rééducation.
Connaissant le bonhomme, je me doutais qu'il ne ferait ni dans le pathos ni le misérabilisme. Effectivement, malgré le sujet pas facile et le refus de brosser vite fait sur les réalités du handicap, Patients n'est pas un film à faire pleurer dans les chaumières. Il fait même plutôt marrer par moments, parce que l'humain est résilient et que des post-ados déconneurs, ça reste finalement des post-ados déconneurs même s'ils sont en fauteuil roulant. C'est un film extrêmement touchant sans être larmoyant, qui parle de souffrances et d'espoirs (parfois définitivement brisés, pour certains), de dépendance et de solidarité, de deuil et de courage.
On vit cette renaissance avec le héros - au départ à travers ses yeux, autant dire que le champ de vision est réduit au plafond - et c'est un sacré sentiment d'admiration et d'empathie qui prend aux tripes. Admiration aussi pour les soignants que l'on croise au fil des plans et qui, sans être parfaits, apportent chacun leur pierre à l'édifice avec beaucoup d'humanité et de dévouement (Dans un contexte de manque de moyens assez criant, même si ce n'est pas dit aussi clairement, c'est assez flagrant et ce n'est pas non plus édulcoré).
J'ai beaucoup ri mais je suis sortie de là assez chamboulée, mesurant ma chance de pouvoir le faire sur mes deux jambes (Et c'est là que tu commences à noter les ascenseurs cassés, les trottoirs trop hauts ou les interrupteurs mal placés et que tu te dis qu'on vit quand même dans un monde bien égoïste et "valido-centré") et me disant qu'à la place de ce mec, je ne sais pas si j'aurais réussi à me relever. Au propre comme au figuré.

("Espoir adapté", extrait de la BO du film... paroles magistrales, as usual)


A ma droite, dans un tout autre registre, Embrasse-moi, de et avec Océanerosemarie et Cyprien Vial (NdT : là j'avoue, je ne sais pas qui c'est) (C'était "La parenthèse qui sert à rien", by Dame Patate).

Une comédie romantique toute fraîche, un peu culcul-la-praline par moments (Comme toute comédie romantique qui se respecte, tu me diras), pleine de bons sentiments et de gentils clichés, mais... entre filles. Ouais des lesbiennes, sur grand écran, dans un film "normal", pas une grosse comédie à la gazon maudit ni un film de niche intello : une comédie romantique comme les autres, qui contribue à relayer ce message ô combien crucial que oui, parmi les gens qui s'aiment, des fois c'est une fille qui aime un gars, et des fois c'est un gars qui aime un gars et des fois c'est une fille qui aime une fille. Banal. Point final et pas de débat, l'homosexualité n'est franchement pas le sujet du film (Même si, en se moquant de quelques uns des clichés qui lui sont attachés, on l'aborde quand même un peu).
Rien que pour cela, le film mériterait d'être vu, mais en plus je l'ai trouvé drôle et mignon tout plein.
Bon, drôle je m'en doutais, j'avais déjà vu Océanerosemarie sur scène (Un one-woman-show intitulé "chatons violents", que j'avais choisi uniquement sur le titre - bonne pioche ! - et qui parlait bien de chats, mais pas que) (Oui je saaaaais, j'aurais dû venir t'en parler) mais la transition au cinéma n'est pas toujours réussie pour les comiques, donc : bonne pioche again !
Il y a plein de moments drôles dans ce film, entre autres les apparitions de la mère d'Océanerosemarie (Michèle Laroque, coeur avec les doigts), il y a une belle énergie, mais il y a aussi de jolis moments romantiques et touchants, qui font que malgré les invraisemblances et les maladresses, la sauce "prend", et qu'on ressort de la salle avec un soupir et un sourire un peu niais sur les lèvres. Une vraie comédie romantique, quoi.

(C'est bon ? Je peux me reconvertir en critique de cinéma, tu crois ?)