conisation (du col) : n. f.
intervention chirurgicale mineure pratiquée sur une majeure le col de l'utérus, sous anesthésie locale ou loco-régionale, par voie naturelle grâce à un outil qui chauffe tellement fort qu'il finit par couper comme un bistouri (laser ou anse diathermique), et consistant à retirer sur tout le pourtour du col de l'utérus un morceau en forme de cône. D'où le nom de l'opération, tu vois ?

Outre creuser le trou de la Sécu, cette intervention poursuit le double objectif de 1- diagnostiquer les lésions du col de l'utérus que l'on a détectées lors d'un frottis, et de 2- traiter ces lésions: tant qu'à y être, on embarque tout et on réfléchit après.

Col-avant-apres.gif
En l'occurrence, c'est ce brave anatomo-pathologiste qui réfléchit derrière son microscope, en analysant le cône de tissus qui a été prélevé. Lui seul sait dire non seulement ce que c'était, mais aussi si impératrice (Pardon !) on a bien tout enlevé ou s'il va falloir y retourner.

(Source: une page pleine de mots savants qui dramatise quand même drôlement le geste, parce que perso j'ai dû certes aller à l'hosto, mais je n'ai pas dû voir d'anesthésiste, on ne m'a pas posé de perfusion, et ça n'a pas été plus compliqué qu'une consultation) (Enfin je pense, je n'ai pas encore reçu la facture)

Tu l'auras compris, après quelques années de frottis anormaux (pas inquiétants mais pas normaux, mais "ça passe tout seul le plus souvent", mais quand même toujours pas normaux, mais "on va recontrôler dans 6 mois"), ton tubercule préféré s'est installé un beau matin d'octobre dans sa position pas préférée du tout: les pieds dans les étriers, avec Gentille Gynéco entre les genoux et un spéculum tout froid, .

"Détendez-vous, je dois mettre le spéculum bien en place".
Oui parce qu'il va y rester une bonne vingtaine de minutes, le temps de tout boucler, alors autant qu'il soit bien posé. Et comme il va servir à faire passer l'outil laser et à travailler là-dedans, tu penses bien qu'on ne choisit pas la version miniature... Donc tu prends les 5 minutes désagréables d'un examen gynéco habituel, tu les multiples par 4, tu ajoutes dans mon cas l'utérus rétroversé dont il faut repositionner le col à la pince (A LA PINCE, PURÉE !), et tu n'oublies pas les précieuses minutes que Gentille Gynéco et Douce Infirmière ont passées à calmer l'hyperventilation et les spasmes d'une Patate en pleurs et au bord du malaise.

J'avoue, je ne suis pas très fière de moi: intellectuellement j'avais bien saisi le concept du "si tu sanglotes, ton ventre se contracte et ton utérus court se planquer dans le fond" et je connais la chanson du "si tu bloques ta respiration ça fait encore plus mal" assortie du "si tu respires trop vite tu tombes dans les pommes", mais dans les tripes c'était un autre refrain... il n'a pas fallu 2 minutes pour que je me transforme en chiffe larmoyante prête à tourner de l'oeil. Encore heureux, je ne suis pas tombée sur un tortionnaire en pyjama qui m'aurait gueulé dessus parce qu'il n'arrivait pas à bosser correctement, mais sur la crème de la crème des soignantes, qui m'ont dit et répété qu'on n'était pas pressées et que tout allait bien se passer.

(Si tu est arrivée via Gogole et que tu prends peur, je te rassure: OUI, je suis douillette, ce n'est qu'un (très) mauvais moment à passer et non je n'en suis pas sortie traumatisée) (N'entends-tu pas ricaner dans le fond toutes les parturientes qui se sont tapé des heures de contractions ?)

"Voilà on y est"
"Je vais mettre un produit sur votre col pour bien voir où je dois travailler."
...
"Ah oui, je ne vous avais pas dit, ça peut un peu picoter."
...
"C'est presque terminé."
...
"...Pour le produit. Maintenant on va faire l'anesthésie."
...
Ah, l'anesthésie ! Non pas une, non pas deux, mais quatre piqûres (QUATRE !) de produit, sans doute le même que celui que ton sadique de dentiste utilise parce que ça brûle et ça tord pareil, mais dans le creux de ton bide. Quatre piqûres donc, (QUATRE !!!) parce que le col est rond et qu'il faut en faire tout le tour. Juste un mauvais moment à passer...

"Courage, ça va s'endormir et vous ne sentirez plus rien."
Et de fait, je n'ai ensuite plus rien senti, si ce n'est une vague odeur de méchoui une fois que le laser a commencé à couper/crâmer dans mon col utérin. Tsouin tsouin.


Les suites immédiates ?
Le reste de la journée avec une bouillotte sur le ventre et des crampes comme un très vilain premier jour de règles, à chouiner sur mon triste sort dans le canapé en disant à Miss PotatoCat que non, ce n'est pas le jour pour me pattouner sur les bourrelets, et que si elle continue je vais la vendre à un resto chinois, et puis... plus rien.
(Et oui, le félin est toujours là)

Contrairement à ce que l'on m'avait annoncé, je n'ai pas du tout saigné pendant environ une semaine.
J'ai ensuite eu quelques jours de "fausses règles" quand le méchage hémostatique (la compresse dont on te bourre le col pour empêcher les saignements) (ouais mais c'est tellement plus glamour les mots savants !) est tombé et que les tissus encore bien à vif m'ont fait savoir qu'ils n'avaient pas trop apprécié l'aventure. Et puis à peu près un mois de bonnes grosses pertes dé-gueu-lasses passant par 50 nuances de rouille/marron (Un futur best-seller, tu crois ?), entrecoupées de règles - les vraies, celles-là - qui ont épuisé mon stock de Always, vu que les tampons sont interdits pendant 4 à 6 semaines post-op.
(Ainsi que tout ce que tu pourrais avoir envie de te coller dans le vagin, d'ailleurs) (L'intérêt d'être célibataire c'est que tu n'as pas EN PLUS à supporter un mec qui râle parce qu'il doit se la mettre derrière l'oreille pendant un mois)

Les précautions particulières ?
Ne pas programmer l'intervention pendant ou juste avant ses règles, ne pas prendre d'aspirine (ça fait saigner) les quelques jours qui précèdent et qui suivent, et ne pas faire de sports "violents" style course à pied tant que le méchage hémostatique est en place (OK il va finir par tomber, mais ce n'est pas la peine de le précipiter). Bien évidemment, tu ranges tes plus jolies culottes dans un tiroir pendant quelques temps, et tu ne prends pas de bains (piscine comprise) pendant 3-4 semaines, donc gaffe aux dates de vacances.

Et sinon Patate, comment tu vas ?
(Ben pas mal, et toi ? Pas trop la nausée après tout ça ?)

Je suis une grosse loche, je n'ai pas encore repris la course à pied.
J'espère ne pas développer de sténose secondaire (le col de l'utérus qui se venge d'avoir été raboté en se rétrécissant comme un malade) mais pour l'instant, Gentille Gynéco dit que "la cicatrisation suit un cours normal". J'espère ne pas non plus me retrouver avec une vie sexuelle toute pourrie jusqu'à la fin de ma vie comme le rapportent les forums style Doctissimo...

Mais je t'avouerai que pour l'instant c'est le cadet de mes préoccupations.
Je suis encore un peu sous le choc des résultats que Gentille Gynéco m'a communiqués lors de notre dernière consultation: "Les frottis n'étaient pas très inquiétants mais on a bien fait d'aller à la conisation, Madame Patate, vos lésions c'était un cancer, finalement".
Un gentil hein, comme ils savent l'être à cet endroit-là, un "pas encore invasif, avec des marges saines" qui veulent dire qu'on a tout enlevé et qu'il ne reviendra pas... M'enfin quand même... Je vais garder les doigts croisés pendant mes deux prochaines années de "surveillance rapprochée".

Et dans l'intervalle, toi qui me lis et qui es pourvue d'un utérus, même si tu es la championne toutes catégories de la procrastination, je t'engage à ne JAMAIS oublier un rendez-vous de frottis !!