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"Vous êtes jolie mais avec un sourire ce serait mieux"
"On ne fait pas la gueule quand on est mignonne comme vous, quand même !"
"Je suis sûr que vous avez un charmant sourire, en plus"
"Pffff, mal baisée va !"

Ceci est la séquence de quatre répliques qui m'ont été gracieusement offertes ce matin par un connard homme d'environ 40 ans tout bien propre sur lui. Comme quoi, le harcèlement de rue n'est pas uniquement le fait des d'jeuns/racailles.

Trois premières répliques dépourvues de réponse patatesque, vu que l'on sait toutes que si on veut éviter de se coltiner les avances du connard type pendant les 10 prochaines stations, il vaut mieux 1- l'ignorer poliment et 2- ne surtout pas lui faire le "charmant sourire" qu'il se permet de nous réclamer.
Et la quatrième réplique qui a fort logiquement fusé, vu que l'on sait toutes que si on ne répond pas aux apostrophes des connards types dans la rue, on a vite fait de devenir, au choix, une "salope", une "sale pute" ou en l'occurrence ici, une "mal baisée".
(Rapport au fait que je ne souriais pas béatement dans les transports en commun, j'imagine; sans doute que cela criait au manque d'orgasmes) (Aucun de mes voisins masculins ne souriait non plus, mais bizarrement, aucune femme n'en a profité pour les apostropher, ni n'en a pas conclu qu'ils étaient mal sucés) (Bref, revenons à nos moutons).


Décortiquons un peu...
Car si je n'ai rien répondu, je n'en ai pas moins pensé.


"Vous êtes jolie mais avec un sourire ce serait mieux."
Mieux pour qui ? Pour toi certainement ! Allez super, c'est la fête des connards aujourd'hui, et celui-là il est pour moi. Comme si ce n'était pas suffisant qu'il me dévisage comme un malpoli depuis 3 plombes, voilà qu'il me parle, aussi. * soupir * Purée, j'espère qu'il ne va pas trop insister !
Je le savais bien que j'aurais dû acheter un casque !

J'aimerais bien savoir comment on peut seulement s'imaginer, dans quel univers ce serait possible, qu'une remarque pareille soit bien accueillie. Passons sur le fait qu'elle est non sollicitée et tout à fait inappropriée de la part d'un parfait inconnu... Mais sérieusement.
De quel droit est-ce que le premier connard irrespectueux venu se permet de 1- commenter mon apparence à haute voix dans un espace public et 2- me dire ce que je dois faire pour me conformer à sa petite image de comment ça doit être une femme ? En l'occurrence, sourire, et être open à toute proposition ? Mmmmh ?

Sourire... Il y en aura bien pour penser que j'en fais tout un patacaisse et que c'est pas comme s'il m'avait demandé de le sucer non plus, hein, franchement Patate ! Je leur répondrai que quand on a droit à un bon vieux "Hé t'es bonne, suce-moi salope" des familles, ils sont les premiers à nous dire qu'on devrait se sentir flattée d'avoir été ainsi remarquée. En gros, le moindre manque de respect devrait être quoi... apprécié ? Remercié ? Bande de cons !



"On ne fait pas la gueule quand on est mignonne comme vous, quand même !"
Outre le fait que ne pas sourire ne signifie pas nécessairement "faire la gueule" (Ah, c'est paske je ne te réponds pas ? Mais je ne te connais pas, alors non je ne compte ni te sourire ni te parler, tu vois, c'est NORMAL), et que PERSONNE ne sourit non plus autour de nous... La vérité c'est qu'on fait CE QU'ON VEUT, mon vieux !

Qu'on soit belle ou qu'on soit moche, qu'on fasse la gueule ou qu'on répète mentalement son PowerPoint de 11h, on ne te doit rien et on fait CE QU'ON VEUT !
Avec nos cheveux, avec notre regard (Non merci, je n'ai pas ENVIE de te regarder, même si tu me dévisages comme si tu pouvais me faire tourner la tête par la force de ta pensée), avec notre bouche (Et donc NON, on ne te sourira pas juste parce que tu l'as décrété, on ne te sucera pas non plus, on ne fera même pas l'effort de te cracher à la gueule, et pourtant c'est pas l'envie qui manque) et j'ai même envie de dire, avec notre cul.

C'est à dire que si une femme a décidé que ce matin elle allait peu le couvrir et beaucoup le tortiller, cela ne t'autorise en RIEN à l'aborder, l'humilier publiquement avec des appréciations sur sa tenue, ou a t'imaginer que c'est une invitation à y coller ta pogne.
Je fais des généralisations ? Des amalgames ? Sans doute un peu, mais à mon sens, le gros porc qui te colle la main aux fesses dans le métro et le gros naze qui t'enjoint de sourire parce que t'es jolie ont reçu exactement la même éducation... Il y a juste une frontière que le 2ème n'a pas encore franchie.

Et qui lui ferait sans doute dire, d'ailleurs, que non non non, il n'a rien à voir avec ce genre de pervers, LUI. Il est POLI, il respecte les femmes, il leur fait des COMPLIMENTS. Ce sont elles, les salopes, qui ne comprennent rien et qui font des drames pour tout !
Ah si seulement un jour, tous ces hommes "polis", "respectueux" et la bouche pleine de "compliments", pouvaient se réveiller avec un vagin - qui les rendrait donc stupides - et une paire de seins - qui seraient donc propriété publique - et passer 24h dans la peau d'une femme, dans la rue, dans le métro, dans le train, le tram, un café, un bar, une boîte...
On peut rêver, non ?


"Je suis sûr que vous avez un charmant sourire, en plus"
Et moi je suis sûre que tu es un connard patenté. Tu crois quoi ? Que je suis sourde ? (Non non, j'avais bien entendu les deux premières fois, j'ai choisi de t'ignorer, vu que je ne peux ni te fuir ni te faire taire) Que cela me fait plaisir que grâce à toi tout le monde me dévisage, me juge, commente in petto ma prétendue joliesse et mon sourire ou absence de ? Que flattée de tant d'attention, je vais tomber à 4 pattes le ventre à l'air comme un bon chien-chien ?

Et bien non, tu vois, je continue de t'ignorer en priant tout bas que l'inévitable insulte qui fusera ne soit pas trop dégradante, que le terminus arrive bientôt, et que surtout surtout surtout, cela en reste là. Qu'après les mots, tu n'en viennes pas aux mains, que tu ne me suives pas quand je quitterai le wagon, bref : que tu sois juste un connard patenté, certes, mais pas dangereux.


"Pffff, mal baisée va !"
Oh ben ça va, je m'attendais à pire.
Et ouf, tu as tourné le dos, tu t'éloignes en grommelant, tu hausses les épaules au clin d'oeil solidaire d'un de tes voisins de rame. Ah là là ces bonnes femmes, elles n'arrêtent pas de se plaindre des mecs mais regarde ce qui se passe quand on est un peu gentil avec elles. Pfffff, toutes des salopes décidément je n'y comprendrai jamais rien...


Potato-tuyau : et si tu commençais par les traiter comme des êtres humains ?