Trois petits mots qu'on dit souvent, presque sans y (ou LE) penser; je suis désolée.
Je vous ai bousculé sans faire exprès ? Je suis désolée. Je n'ai pas le renseignement que vous m'avez demandé ? Je suis désolée. Je ne peux pas assister à la réunion que vous organisez ? Je suis dé-so-lée.

Trois petits mots qu'on aimerait parfois moins banals; je suis désolée.
Ton petit chat adoré vient de mourir ? Je suis désolée. Pour de vrai, avec des larmes dans les yeux et du chagrin dans le coeur, mais je n'ai que ces trois pauvres petits mots pour l'exprimer.

Trois petits mots que je voudrais réussir à oublier; je suis désolée.
VOUS m'avez bousculée mais JE suis désolée. Comme ça, un réflexe conditionné : forcément si vous m'avez bousculée, c'est que j'ai dû le chercher, je ne devais pas être à ma place ou je devais avoir envahi votre espace.
Je n'ai pas le renseignement que vous m'avez demandé ? Je suis désolée, je vais me plier en quatre - et me faire mal au passage, car je suis loin d'être souple - jusqu'à vous le trouver même si techniquement, je n'étais pas supposée l'avoir alors on se demande bien pourquoi vous êtes venu m'enquiquiner. Oh et vous ne voulez pas que je vous offre le café et un Mars pour accompagner, tant qu'on y est ?
(Je suis fauchée, sinon vous auriez cent balles, aussi)
Je ne peux pas assister à votre réunion parce que je suis en congés (C'était dans mon agenda si vous aviez pris la peine de le regarder) mais oh, tiens, et si j'annulais ma vie privée pour mieux vous arranger ? (Ne te moque pas, lecteur, je l'ai déjà fait)

Madame Mapsy et moi, on travaille - entre autres, parce que je suis un énooooorme chantier - sur ça. Sur le pourquoi, le comment, et surtout le "comment ne pas".

champagne.jpgEt bien aujourd'hui elle serait fière de moi, parce que j'ai ravalé un "je suis désolée". Parfaitement, ra-va-lé !
Il était sur le bout de ma langue, presque déjà dehors, le J chuintait au fond de ma gorge mais j'ai claqué les dents dessus, j'en ai fait de petits morceaux que j'ai consciemment et consciencieusement ravalés. Sans même ce sourire contrit et ce petit mouvement d'épaules qui auraient assuré sa muette survie.

Parce qu'après tout, si la boulangère a fait tomber toute une tarte aux pommes par terre en tentant maladroitement de faire rentrer la part que je venais de commander dans une boîte trop petite, * virgule, pause, on respiiiire * ce n'est pas de ma faute.
J'avais parfaitement le droit de commander un dessert, ce n'est pas moi qui ai fait tomber son plateau, je n'y suis pour rien si la fille est maladroite (Je vous jure, je ne lui parlais pas, je ne la regardais même pas !), et JE N'AI PAS A M'EN EXCUSER !
Il n'empêche, j'étais spontanément tellement dé-so-lée et limite prête à lui payer l'entièreté de la tarte gâchée... Et puis non, je n'ai rien dit. Il faut croire que je ne gaspille pas trop mes sous chez Madame Mapsy : mon "je suis désolée", je l'ai senti monter et je l'ai ravalé.

Parce que non, je n'avais rien fait de mal.
Et que ce n'est pas à moi d'endosser votre responsabilité, en plus de la mienne et de celle de Pierre, Paul et Jacques, je suis désolée !

Arghh.
Damned, il y a encore du boulot.