* copyright Les Guignols, grande époque, les "vieux" avaient sans doute reconnu.


Note patatesque: je sais, la mode en janvier c'est de démarrer du bon pied, d'enchaîner les bons voeux, d'aligner les bonnes résolutions ... ça viendra.
Mais cette blog-note me trotte depuis un looong moment sans que jamais je n'aie le courage de revenir sur le passé, alors profitant de l'impulsion du Nouvel An, aujourd'hui Dame Patate fait le ménage dans son grenier afin que la porte puisse proprement se refermer.


Octobre 2007.
Coup de tonnerre dans un ciel que je croyais/voulais serein: l'homme de ma vie annonce la fin de notre joli roman d'amour qui durait depuis 4 ans. La décision est unilatérale, la frappe chirurgicale... mon naufrage est total.
Pendant les 3 mois qu'il me faudra pour trouver un appartement et organiser le déménagement, nous allons cohabiter dans les larmes (Pas que les miennes d'ailleurs) et les drames d'une Patate blessée, tour à tour incrédule, épouvantée, désespérée, qui hurlera, suppliera (A genoux façon "ne me quitte paaaas", oui oui, je suis descendue aussi bas), questionnera sans fin, sans jamais obtenir autre chose que "c'est pas toi c'est moi" et autres "je te rends service tu verras" de l'habituel blabla qu'on croit toujours réservé aux autres.
Je fais les courses, je prépare toujours nos repas, nous dormons sur le même matelas, il m'enlace parfois quand les pleurs me suffoquent au coeur de la nuit... J'ai tellement de mal à y croire.
Les journées se passent dans une tension permanente, je viens de commencer un nouveau boulot et il n'est pas question de m'y effondrer devant ces inconnus que sont mes collègues ou pire, devant mon chef. Je me cache dans les toilettes pour pleurer. Je cesse rapidement de me maquiller car aucun fard ni mascara ne peut résister aux torrents qui s'échappent quotidiennement de mes yeux; il me semble que je passe 80% de mon temps à pleurer: le jour, la nuit, le matin en lui disant "à ce soir", au supermarché en achetant ses yaourts, le soir dans les transports en commun où plus d'un a dû se demander qui était cette folle aux yeux vides qui n'essuyait même pas les larmes sur ses joues.
Je hante le petit café d'en bas où nous allions bruncher, et je bois des litres de chocolats pour retarder le moment de rentrer. Je pleure dans l'escalier. Je n'ai personne de proche pour m'entourer, je me confie à mon blog et aux rares copains que j'ose ennuyer.

Janvier 2008.
J'ai déménagé dans les larmes, et passé les fêtes dans un brouillard salé. Faire bonne figure devant la famille et les amis m'a un peu aidée, mais rapidement, le choc de la séparation laisse la place à un désespoir sans fond.
J'ai perdu mes repères, mon amour, ma vie, car oui, c'est idiot mais j'avais tout quitté pour cet homme, ma vie c'était nous, ce n'était que lui.
J'ai aussi perdu près de 11 kilos, pas mal de mes cheveux et toute mon énergie. Au total, je vais passer plus de 8 mois sans plus jamais me maquiller ni vraiment prendre soin de moi ... Oh que non, ça ne me ressemble pas!

Mars 2008.
J'ai beau faire semblant que tout va bien toute la journée au boulot, faire la brave en bloguant mes (més)aventures de Patate qui vit toute seule pour la première fois depuis longtemps, me raccrocher aux amis qui sont loin mais qui restent présents, ça ne suffit pas à me faire oublier qu'il n'est plus là, comme chante l'autre. Je l'aime toujours.
Mes nuits sont blanches, mon quotidien est sombre, mes week-ends solitaires se passent à sangloter ou larmoyer sur mon sort en me trouvant tous les défauts et tous les torts. Je perds pied.

Avril 2008.
Je vois une psy. Deux fois par semaine.
Du genre non remboursée par la Sécu - détail qui a son importance, vu l'état de mes finances - mais jamais argent n'aura été mieux employé: elle est ma première planche de salut.
J'ai un peu l'impression de la payer juste pour m'écouter pleurer et me tendre des kleenex, mais je peux enfin me laisser aller sans arrière-pensée ni culpabilité: son temps est à moi, je l'ai acheté. Elle ne va pas s'inquiéter à s'en rendre malade (Ma pauvre maman qui est loin), ni se lasser de mes "jérémiades" téléphoniques (Certains amis à qui, avec le recul, il m'est difficile d'en vouloir), je n'ai pas besoin de lui donner l'impression d'être compétente, je n'ai pas peur qu'elle me juge ou cesse de m'aimer ... et je pleure tant et plus.
Mais je parle aussi, et je me rends compte à quel point ça me manquait.
Car j'ai beau écrire mon chagrin sur le net, le blog parfois, les e-mails par dizaines, je n'ai personne à qui parler "en vrai". Je me rends compte que je passe des soirs et des week-ends entiers sans entendre le son de ma propre voix.
Je parle de nous, de lui, car j'ai beau désormais savoir qu'il a emménagé avec une de ses collègue de boulot pétasse pétasse pétasse, je l'aime encore et forcément, je n'étais pas assez bien. Je raconte mon chagrin, ma solitude, mon angoisse du lendemain.
Malgré cela, le quotidien est une mélasse noire dans laquelle je n'en finis pas de m'enliser, à peine retenue deux fois la semaine par cette main tendue. Je ressasse le passé, je n'ai pas le moindre avenir, mon présent ne va pas bien. Je rêve que mes proches pleurent - ou pas - à mon enterrement et me réveille avec le goût du désespoir dans la bouche. Je passe mes nuits sans sommeil à peaufiner des lettres d'adieu et de regrets où je demande pardon. Je pleure, je pleure, je pleure.
Je sombre.

Juin 2008.
Je suis sous anti-dépresseurs.
Il y a eu un moment de flottement ...hospitalisera, hospitalisera pas? Finalement ce sera "pas", j'ai passé un contrat: la toubib vient tous les jours compter le nombre de petits comprimés qui restent dans la boîte et j'ai son numéro privé. Cette formidable bonne femme et ses petits cachets blancs sont ma deuxième planche de salut. Je continue à bosser et à faire semblant: personne ne sait rien (Même si vu ma tronche, on se doute que ça ne va pas bien) et cette illusion de normalité me soutient.
Deux fois par semaine je parle toujours, et commence à comprendre que ma rupture n'est que le catalyseur de la dépression, car oui, le mot est lâché, je fais une dé-pres-sion, une vraie de vraie.
Alors je me soigne. Les médicaments apaisent l'angoisse et commencent à grignoter ce désespoir qui m'étouffe; ils me permettront de ne pas me suicider, déjà, parce que même si aujourd'hui c'est avec un certain détachement que je le dis, je suis passée tout près, et puis d'attaquer le travail. Travail de deuil d'abord, qui prendra plusieurs mois avec des hauts et des bas, et puis surtout travail sur moi. Parce que moi je ne vais pas bien, je ne suis pas bien, je ne m'aime pas bien, je ne me connais même pas bien ... C'est pénible, douloureux, c'est long et c'est loin d'être terminé.

Je me coupe du monde, son sort n'arrive plus à m'intéresser, je vais passer des mois sans journal, ni radio ni télé. A ce jour je l'avoue, je n'ai toujours pas réussi à me re-passionner pour les actualités.
L'éventuelle attention des gens me met mal à l'aise - je ne sais pas quoi leur dire et les larmes ne sont jamais loin -- quant à celle des hommes, elle m'agresse carrément. Je m'enfonce encore plus dans l'isolement, mais c'est pour la bonne cause. Enfin je crois.

Octobre 2008.
Ca fait un an, je me remets à pleurer ... Zut! Moi qu venais juste de recommencer à me maquiller.
Je pleure pour moi, plus pour lui, c'est déjà ça, mais je replonge. J'ai repris quasiment tout le poids perdu l'an dernier, mais c'est à cause des médocs. Et des crises de boulimie aussi (Comme je ne sais pas me faire vomir, ben forcément, je grossis!). Je ne cuisine plus depuis longtemps, je me nourris de MacDo, de pizzas et de paquets de gâteaux. Le gras et le sucré sont des amis-doudoux sur lesquels compter.
Malgré les médocs, la nuit je ne dors toujours pas. D'un anti-dépresseur, on passe à deux, avec du plus costaud niveau somnifères. La nuit ça marche moyen. La journée je suis un zombie.

Dans ce marasme, je ne sais trop comment, un homme se faufile et je le vis étrangement: c'est merveilleux de retrouver une peau contre la sienne, mais déroutant que ce ne soit pas celle que l'on aimait. Car même si je vais m'employer à essayer, ce garçon je ne l'aime pas. Et puis mon cocktail de cachets n'aide pas à s'investir ou à se lacher. Ou alors c'est moi, je ne sais pas, mais cette relation me fait finalement plus de peur que de bien.
C'était trop tôt peut-être, je ne réponds pas à ses attentes et je ne sais même pas quelles sont les miennes. J'envie cette copine qui depuis sa rupture aligne les mecs comme moi les bonbecs, et à qui ça semble faire tant de bien. Je me sens nulle, découragée autant que décourageante.
Je fais des crises d'angoisse.

Décembre 2008.
J'ai survécu jusqu'aux fêtes, que je passe pareil que l'année précédente.
Un peu moins désespérée, un peu plus hébétée. Un peu moins de larmes, un peu plus d'alcool. Je ne dors toujours pas mieux.

Fin de la première année