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Trajets tuberculés

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jeudi 06 mars 2014

La Patate et le pouilleux

Un soir dans un bus.
Un gars est assis; la quarantaine, longiligne, barbu, débraillé. Le genre un peu pouilleux, que tu ne sais pas trop si c'est un marginal qui conchie la société (Et donc le savon), un psychopathe meurtrier qui n'attend que de dégoupiller, ou juste un crado un peu alcoolo/paumé qui voit des choses même quand il a les yeux fermés.

Entre une Patate, fatiguée de sa journée, qui se précipite sur la première place assise venue. Comme d'hab'. Tout près du pouilleux, forcément.
Même que la Patate, elle ne dit rien, mais elle fronce un peu le nez. Discrètement, des fois que le pouilleux soit un dangereux malade prêt à buter tout le véhicule à la moindre provocation en commençant par votre tubercule favori. Ceci dit, une place assise dans un bus bondé ne se refuse pas, et cela pourrait être pire : le gars ne pue pas.

Tout d'un coup, le pouilleux engage la conversation.
J'aime autant vous dire que c'est le genre de conversation que Dame Patate préfère éviter, rapport toujours au risque de dégoupillage si on n'a pas l'air d'adhérer à la diatribe qui ne manque jamais de suivre, et puis on parle pas aux inconnus, et puis on ne sait jamais, si après il me suivait ?
Sauf que là, non. On a parlé.

Est-ce que le pouilleux s'était magiquement révélé bien sous tous rapports et n'ayant eu que le tort d'oublier de se laver ? (Et de se raser ?) (Et de se coiffer ?) (Et de mettre des chaussettes dans ses baskets ?) (Et de changer de jean ?) (Et de recoudre la manche de sa veste ?)
Non plus. C'était bien un crado au discours un peu décalé et à l'élocution légèrement ralentie.

Mais on a parlé tricot.
Parce qu'une fois assise et bien installée, j'avais sorti le mien pour occuper le trajet, et qu'il m'a dit "c'est joli ce que vous faites". Conversation totalement surréaliste entre une Patate proprette un chouille BCBG et le pouilleux que jamais elle n'aurait cru écouter.

Parce qu'il était poli et qu'il trouvait cela joli, j'ai dit merci.
Il m'a dit qu'il aimait bien les choses jolies et qu'il n'en voyait pas assez autour de lui.

Parce qu'il m'a parlé de sa mère et de sa soeur qui tricotaient aussi, mais que lui jamais il n'y arriverait, que c'était un truc de femmes, j'ai répondu que c'était un cliché et que rien ne l'empêchait d'essayer. De fil en aiguille, pendant que les miennes s'activaient, la Patate et le pouilleux ont échangé des vues sur le féminisme et l'éducation, sur les stéréotypes genrés, et sur comment c'était con de dire aux petits garçons qu'ils ne devaient pas apprendre à tricoter.
Parce qu'il m'a dit que sa maman lui tricotait des pulls quand il était petit et qu'il les trouvait moches et les détestait, j'ai renchéri d'un "ma mamie aussi". Puis il m'a dit qu'à l'époque il aurait voulu des pulls achetés en magasin, mais que les habits faits par des machines, il n'y avait pas d'amour dedans. Que maintenant il voudrait bien des pulls tricotés avec amour par sa maman, mais qu'elle était morte et que plus personne ne l'aimait.

Là heureusement, c'était mon arrêt, car ça devenait trop triste. Et aussi, j'avoue, j'avais un peu peur qu'il ne me propose de lui tricoter des pulls et de l'aimer (Heuuu alors comment dire, non merci, sans façons).
Comme il ne m'a pas suivie pour m'égorger derrière l'abribus, je me suis dit que pour la peine, j'allais vous raconter cette conversation un rien décalée.


mardi 05 novembre 2013

"Vous êtes jolie mais avec un sourire ce serait mieux"

smiley.jpg
"Vous êtes jolie mais avec un sourire ce serait mieux"
"On ne fait pas la gueule quand on est mignonne comme vous, quand même !"
"Je suis sûr que vous avez un charmant sourire, en plus"
"Pffff, mal baisée va !"

Ceci est la séquence de quatre répliques qui m'ont été gracieusement offertes ce matin par un connard homme d'environ 40 ans tout bien propre sur lui. Comme quoi, le harcèlement de rue n'est pas uniquement le fait des d'jeuns/racailles.

Trois premières répliques dépourvues de réponse patatesque, vu que l'on sait toutes que si on veut éviter de se coltiner les avances du connard type pendant les 10 prochaines stations, il vaut mieux 1- l'ignorer poliment et 2- ne surtout pas lui faire le "charmant sourire" qu'il se permet de nous réclamer.
Et la quatrième réplique qui a fort logiquement fusé, vu que l'on sait toutes que si on ne répond pas aux apostrophes des connards types dans la rue, on a vite fait de devenir, au choix, une "salope", une "sale pute" ou en l'occurrence ici, une "mal baisée".
(Rapport au fait que je ne souriais pas béatement dans les transports en commun, j'imagine; sans doute que cela criait au manque d'orgasmes) (Aucun de mes voisins masculins ne souriait non plus, mais bizarrement, aucune femme n'en a profité pour les apostropher, ni n'en a pas conclu qu'ils étaient mal sucés) (Bref, revenons à nos moutons).


Décortiquons un peu...
Car si je n'ai rien répondu, je n'en ai pas moins pensé.


"Vous êtes jolie mais avec un sourire ce serait mieux."
Mieux pour qui ? Pour toi certainement ! Allez super, c'est la fête des connards aujourd'hui, et celui-là il est pour moi. Comme si ce n'était pas suffisant qu'il me dévisage comme un malpoli depuis 3 plombes, voilà qu'il me parle, aussi. * soupir * Purée, j'espère qu'il ne va pas trop insister !
Je le savais bien que j'aurais dû acheter un casque !

J'aimerais bien savoir comment on peut seulement s'imaginer, dans quel univers ce serait possible, qu'une remarque pareille soit bien accueillie. Passons sur le fait qu'elle est non sollicitée et tout à fait inappropriée de la part d'un parfait inconnu... Mais sérieusement.
De quel droit est-ce que le premier connard irrespectueux venu se permet de 1- commenter mon apparence à haute voix dans un espace public et 2- me dire ce que je dois faire pour me conformer à sa petite image de comment ça doit être une femme ? En l'occurrence, sourire, et être open à toute proposition ? Mmmmh ?

Sourire... Il y en aura bien pour penser que j'en fais tout un patacaisse et que c'est pas comme s'il m'avait demandé de le sucer non plus, hein, franchement Patate ! Je leur répondrai que quand on a droit à un bon vieux "Hé t'es bonne, suce-moi salope" des familles, ils sont les premiers à nous dire qu'on devrait se sentir flattée d'avoir été ainsi remarquée. En gros, le moindre manque de respect devrait être quoi... apprécié ? Remercié ? Bande de cons !



"On ne fait pas la gueule quand on est mignonne comme vous, quand même !"
Outre le fait que ne pas sourire ne signifie pas nécessairement "faire la gueule" (Ah, c'est paske je ne te réponds pas ? Mais je ne te connais pas, alors non je ne compte ni te sourire ni te parler, tu vois, c'est NORMAL), et que PERSONNE ne sourit non plus autour de nous... La vérité c'est qu'on fait CE QU'ON VEUT, mon vieux !

Qu'on soit belle ou qu'on soit moche, qu'on fasse la gueule ou qu'on répète mentalement son PowerPoint de 11h, on ne te doit rien et on fait CE QU'ON VEUT !
Avec nos cheveux, avec notre regard (Non merci, je n'ai pas ENVIE de te regarder, même si tu me dévisages comme si tu pouvais me faire tourner la tête par la force de ta pensée), avec notre bouche (Et donc NON, on ne te sourira pas juste parce que tu l'as décrété, on ne te sucera pas non plus, on ne fera même pas l'effort de te cracher à la gueule, et pourtant c'est pas l'envie qui manque) et j'ai même envie de dire, avec notre cul.

C'est à dire que si une femme a décidé que ce matin elle allait peu le couvrir et beaucoup le tortiller, cela ne t'autorise en RIEN à l'aborder, l'humilier publiquement avec des appréciations sur sa tenue, ou a t'imaginer que c'est une invitation à y coller ta pogne.
Je fais des généralisations ? Des amalgames ? Sans doute un peu, mais à mon sens, le gros porc qui te colle la main aux fesses dans le métro et le gros naze qui t'enjoint de sourire parce que t'es jolie ont reçu exactement la même éducation... Il y a juste une frontière que le 2ème n'a pas encore franchie.

Et qui lui ferait sans doute dire, d'ailleurs, que non non non, il n'a rien à voir avec ce genre de pervers, LUI. Il est POLI, il respecte les femmes, il leur fait des COMPLIMENTS. Ce sont elles, les salopes, qui ne comprennent rien et qui font des drames pour tout !
Ah si seulement un jour, tous ces hommes "polis", "respectueux" et la bouche pleine de "compliments", pouvaient se réveiller avec un vagin - qui les rendrait donc stupides - et une paire de seins - qui seraient donc propriété publique - et passer 24h dans la peau d'une femme, dans la rue, dans le métro, dans le train, le tram, un café, un bar, une boîte...
On peut rêver, non ?


"Je suis sûr que vous avez un charmant sourire, en plus"
Et moi je suis sûre que tu es un connard patenté. Tu crois quoi ? Que je suis sourde ? (Non non, j'avais bien entendu les deux premières fois, j'ai choisi de t'ignorer, vu que je ne peux ni te fuir ni te faire taire) Que cela me fait plaisir que grâce à toi tout le monde me dévisage, me juge, commente in petto ma prétendue joliesse et mon sourire ou absence de ? Que flattée de tant d'attention, je vais tomber à 4 pattes le ventre à l'air comme un bon chien-chien ?

Et bien non, tu vois, je continue de t'ignorer en priant tout bas que l'inévitable insulte qui fusera ne soit pas trop dégradante, que le terminus arrive bientôt, et que surtout surtout surtout, cela en reste là. Qu'après les mots, tu n'en viennes pas aux mains, que tu ne me suives pas quand je quitterai le wagon, bref : que tu sois juste un connard patenté, certes, mais pas dangereux.


"Pffff, mal baisée va !"
Oh ben ça va, je m'attendais à pire.
Et ouf, tu as tourné le dos, tu t'éloignes en grommelant, tu hausses les épaules au clin d'oeil solidaire d'un de tes voisins de rame. Ah là là ces bonnes femmes, elles n'arrêtent pas de se plaindre des mecs mais regarde ce qui se passe quand on est un peu gentil avec elles. Pfffff, toutes des salopes décidément je n'y comprendrai jamais rien...


Potato-tuyau : et si tu commençais par les traiter comme des êtres humains ?


mardi 18 juin 2013

Celui qui avait sa braguette ouverte

Ce matin, juste en face de moi.

Tu vas me dire : que faisais-tu, Coquine Patate, avec les yeux au niveau de sa braguette ?
Et je te répondrai que je suis une obsédée, tu m'as démasquée ! moi assise et lui debout, je n'avais pas trop le choix du niveau de mon horizon (Go go gadgéto-cervicales ? Ah non, zut, la tête monte pas)... En l'occurrence, l'entrejambe de son pantalon, à la braguette ouverte, donc

Dans l'absolu, on est d'accord, je m'en contrefous.
Tout au plus cela peut me tirer un sourire, égayer mon trajet dans la bétaillère les transports en commun, me donner matière à bloguer (La preuve), mais je-m'en-fous. Chacun sa merde, et puis je ne le connais pas, ce gars.
Mais ce matin, va savoir pourquoi... Était-ce son air de premier de la classe sur le point de présenter un exposé ? L'été qui s'est enfin décidé à arriver ? Jupiter alignée en Balance ? Ou la simple bonne humeur d'une Patate qui a pour une fois dormi ses 8 heures sans cauchemar ni félin joueur ? Je ne le sais, mais ce matin, imaginant le ridicule du gars debout devant son PowerPoint pendant 20 minutes tandis que ses collègues et sa hiérarchie n'écoutent rien de ce qu'il dit, occupés qu'ils sont à pouffer devant une braguette mal zippée, je me suis dit que quand même, je pourrais l'aider.

Après tout, il suffisait de lui signaler que son pantalon n'était pas fermé, et le tour était joué. Sauf que...
Comment tu amènes ça à un parfait inconnu dans un bus bondé sans LE ridiculiser, TE ridiculiser, passer pour une grosse chaudasse qui lui matait le paquet, voire les trois à la fois ?

Monsieur, vous avez la braguette ouverte, de rien, bonne journée... Et puis il te regarde bizarrement pendant le reste du trajet ? Ou bien ton voisin de siège te regarde bizarrement et commence à te coller ?
Ou alors je me lève et je lui chuchote à l'oreille ? Oui mais je vais perdre ma précieuse place assise obtenue de haute lutte en piétinant une mémé et deux femmes enceintes sur le point d'accoucher ! Je lui fais signe de se pencher vers moi ? Bah oui, vas-y, c'est ça : tu lui fais signe de se pencher vers toi pour lui chuchoter que tu matais sa braguette. N'importe quoi !
Ou je lui montre du doi-... Ouais non. Déjà que c'est pas beau de montrer du doigt, si en plus c'est pour pointer "là", je vais VRAIMENT passer pour une obsédée. Il va le raconter à ses collègues, ils vont se foutre de moi devant la machine à café toute la matinée, SI CA SE TROUVE IL VA LE BLOGUER !

J'en étais là de mes réflexions quand les portes se sont ouvertes et qu'il est descendu. Fier, conquérant, la malette à ordi bien calée sous le bras; une vraie démarche de winneur, avec la mèche au vent et... la bistouquette à l'air.
Damned, Patate ! Lève-toi, cours-lui après !!


Non mais je vous rassure, avant même que la pensée soit finie de formuler, j'ai trouvé ça encore plus crétin que toutes les autres idées. Dans le genre "effet magique d'Impulse", l'inconnue qui vous court après pour vous avouer qu'elle a maté votre slip pendant tout le trajet, en voilà un grand moment !

Bref, je n'ai rien dit, et j'ai passé le reste de mon voyage à ricaner en imaginant la journée de mon jeune cadre dynamique mais mal fagoté. (Si ça se trouve, personne n'a osé le lui dire avant le déjeuner ?)
* Patate Pourrite Powaaaaaa *


mardi 30 avril 2013

Celle qui était presque bien élevée

noeud-coulant.gifIls étaient juste devant moi quand nous sommes montés dans la bétaillère le bus. Deux gamins de 7 ou 8 ans qui balançaient presque à bout de bras des sacs à dos aussi gros qu'eux. Un garçon et une fille.
Appelons-les Nicolas et Pimprenelle.

Alors que tout le monde s'engouffrait dans le véhicule, Nicolas se précipita - juste sous mon nez, groumpfff !! - vers le dernier siège de libre. Damned !
Quelle chance d'être jeune et rapide sur ses petites jambes, pensa Dame Patate, serrée comme une sardine avec les autres malchanceux.
(Oui, aujourd'hui c'est festival passé simple et propositions incises, c'est comme ça)

Debout à côté de lui, Pimprenelle ne tarda pas à réagir :
"T'es bête (Ok, c'est sa soeur), laisse s'asseoir les vi- ... les personnâgées !"
(Brave petite, la politesse ce n'est pas inné mais tu fais de beaux efforts)
Ce à quoi Nicolas rétorqua : "Patate ! (Hein ? Quoi ? Qui me parle ?) Y en a pas."

Ce qui ne l'empêcha cependant pas d'obtempérer (Ok, c'est sa soeur aînée).
Il n'était pas sitôt levé que s'affalait un Tubercule reconnaissant (Ben quoi ? Moi aussi j'étais chargée !) sur le siège ainsi libéré.

Ah, c'est beau tout de même, tout espoir n'est pas perdu pour le pays, il y a encore des gamins bien élevés; brave petite, non seulement polie et dégourdie, mais qui en plus éduque son jeune frère au civisme élémentaire; c'est bien, tu peux être fière ...
J'en étais là de mes pensées lorsqu'une petite voix flûtée me fit dresser l'oreille.

Me désignant du menton : "Ah ! Tu vois bien qu'il y en a, des vieux !"


(Petite conne !)


lundi 25 février 2013

Celui qui ne pouvait pas être si méchant

Même si, comme tout usager - a fortiori féminin - des transports en commun (Surtout dans une grande ville), j'évite soigneusement tout contact visuel avec les gens, j'aime bien les observer discrètement. Et leur inventer des vies.

Comme ce gars-là, blouson de cuir et tronche patibulaire mais presque qui se tenait debout, les jambes solidement plantées et les sourcils froncés. Genre tu ne lui aurais pas demandé l'heure. Genre même s'il t'avait bousculée, tu te serais excusée (Il y a des fois, c'est autorisé, question de survie).
Tellement teigneux qu'il avait les deux mains dans les poches et que MEME PAS il tombait ! (Sans doute que le chauffeur l'avait repéré comme moi, et y allait mollo sur la pédale de frein parce qu'il tenait à la vie lui aussi)

Schtroumpf.jpgJ'en étais là de détailler son air de loubard et de lui imaginer tout un sombre passé, fait de règlements de compte au cran d'arrêt et de temps passé à la maison du même nom, lorsque j'ai avisé ceci, qui dépassait de sa poche poitrine ===>

(Et note que depuis la fois dernière, je suis équipée d'un smartphone et j'ai compris qu'il faut DÉSACTIVER LE FLASH pour tirer le portrait des gens à leur insu) (Même si ça fait des photos dégueu)

Si tu te balades avec un Schtroumpf comme déco de portable, tu ne peux pas vraiment être un grand méchant loup loubard perdu pour la société, si ?

On ne sait jamais, monsieur le finalement pas tibulaire du tout, si tu me lis : pardon pour ce délit de sale gueule que j'ai commis.


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