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Les nerfs à fleur de 'pluches

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mardi 03 août 2010

Coincée du tubercule (?)

Ca commence comme une grande discussion entre filles.

C'est légèrement alcoolisé, parce que soirée, femmes libérées, toussa toussa. Et ça parle de mecs, donc. parce que femmes libérées, mon tubercule oui !
De mecs que tu ne connais pas, parce que 1- ces filles ne sont pas vraiment tes amies, tu ne sais pas grand chose de leur vie, et 2- ces mecs elles les connaissent à peine elles-mêmes... Ce sont des coups d'un soir ou d'une semaine, une valse de prénoms dans la conversation.
La papote ressemble un peu à un épisode de Sex and the City. D'ailleurs tu reconnais dans le lot une Samantha. Ou deux. Une Carrie aussi, avec son Mister Big qui serait resté à New York pendant qu'elle se demande si "embrasser c'est tromper" (Oui mais t'es sûre ? Nan parce qu'on a quand même bien mis la langue !). Tu aimes bien Sex and the City, d'habitude.

charlotte.jpgSauf que là, va savoir pourquoi (Marre de te sentir à part ? Envie de t'intégrer ? Ou tout simplement un verre de trop dans le nez ?), Patate tu te surprends à mettre ton grain de sel dans la conversation : "les filles, je ne sais pas comment vous faites pour passer d'un mec à l'autre, une langue à droite, un coup à gauche, moi je ne peux pas. Vous ne les connaissez même pas !! Comment on fait pour coucher avec des inconnus, ça s'apprend quelque part ?".

Ca sonne un peu Charlotte, non ? Moi qui m'étais toujours crue une Miranda, quel choc !! :-)

Le fait est que cette participation aux débats était une erreur.
Tu n'es pas leur amie, elles non plus ne savent rien de ta vie, et trop d'alcool a coulé (A moins que ces filles soient juste naturellement aussi profondes que leur verre de Tequila ?) pour qu'une remarque de ce genre appelle une écoute bienveillante ou des confidences entre copines.
La conversation se poursuit, mais le thème a désormais évolué de "échange d'histoires de fesses entre trentenaires libérées" à "expliquons la vie à cette jeune Patate oie blanche qui semble sortie du couvent". Un peu humiliant, tu trouves ? Attends, il y a mieux...

Lorsqu'on découvre que cette Pov' Patate est toute seule depuis pffiouuuu ! tout ça (Quoi ? Même pas un p'tit mec juste pour ramoner la tuyauterie ? Oh ma pôôôôôvre... Je vous cite les meilleures ? Les collector, allez... "Mais comment tu fais ? Moi si j'ai pas du sexe au moins deux fois par jour, je deviens mauvaise !" (Samantha n°1) et "Ma pôôôvre, ton gynéco il va devoir y aller à la dynamite bientôt" (Samantha n°2)), on lance carrément un plan ORSEC ORSEX. Opération "Patate sautée !"

Il se trouve que nous étions entourées d'hommes, j'ai donc vu défiler au cours de la soirée trois braves gars bien alcoolisés que mes Samanthas avaient apparemment briefés sur mon "cas". Je n'ai pas osé demander ce qu'exactement on leur avait dit...
N'empêche que l'opération "Patate sautée", en plus d'être bête et méchante - sans parler d'inefficace - a culminé en ce moment d'intense humiliation où lourdaud n°2 est revenu à la charge en m'expliquant de son haleine avinée air solennel, les mains sur mes épaules et les yeux dans le vague mes yeux, qu'il avait compris d'où venait mon problème : "ma chérie, tu es coincée du cul".
Et d'ajouter, au cas où j'aurais mal entendu (Non non, ça va, même le videur à l'entrée, il avait compris), "il faut que tu te décoinces du cul, sinon jamais tu ne te feras sauter !"

C'est donc ça le secret ? Merciiiiii :-)



Et oui, j'aurais dû gratifier tout ce petit monde de quelques répliques cinglantes, me draper dans le peu de dignité qui me restait, et quitter les lieux en effaçant leur existence de ma mémoire. Et non, la Patate, même sans alcool, ne trouve jamais de réplique cinglante quand il lui en faudrait...
Alors évidemment je n'ai rien dit, j'ai tout bien encaissé, et avec le sourire, j'ai fait comme si c'était parti de bonnes intentions (Qui sait, après tout, l'enfer en est bien pavé...) et une semaine après, j'en suis toujours à me demander si ce n'est pas moi qui cloche, dans l'histoire, pour en avoir été à ce point blessée.

Et si j'ai bien fait d'arrêter les anti-dépresseurs, finalement...

mercredi 02 juin 2010

C'est peut-être un détail pour vous

... Mais pour moi, ça veut dire beaucoup.

Après 1 an et demi à bouffer des anti-dépresseurs à pleine dose, voire à en associer plusieurs, après 6 mois de mi-dose, agrémentés d'une tentative d'arrêt non concertée vite avortée (Je ne vous ai pas raconté mon sevrage sauvage "à la Patata" ? Oh là là j'aurais dû, c'était rigolo...), ça y est : je m'apprête à tout arrêter.

Progressivement cette fois.
D'abord mon 1/2 comprimé un jour sur deux, depuis 2 mois : des hauts, des bas, mais globalement pas de cata. Du coup je vais passer à 2 mois un jour sur trois, puis si ça va, 2 mois à 1 cp par semaine et finalement...

Je serai clean.
Mais serai-je jamais guérie ?


jeudi 11 février 2010

C'est la Sans Valentin (3)

Pas aujourd'hui rassure-toi ami lecteur, dimanche.
Je voyais déjà des z'hommes z'affolés en train de se dire "putain j'ai encooore oublié? Elle va me tuer!"

love-ballon.jpg
Mais c'est la semaine de la Saint Valentin, impossible d'y échapper: la mafia des fleuristes veille au grain, à peine les soldes terminés que les décos cul-cul s'étalaient déjà en vitrine des chocolatiers / carteries / boutiques de lingerie, etc etc ... Tu as compris Patate? C'est la Saint-Va-len-tin !!

Ma 3ème consécutive fête-des-z'amoureux-sans-z'amoureux ...
(La première était par ici et la deuxième par là)

Tu noteras ami lecteur, que chaque année le spectre de Cro N'ex s'est éloigné, au point que cette fois je ne me demande même pas ce qu'il fait, lui. Je me demande en revanche (J'allais mettre "par contre" mais elle m'a traumatisée) ce que moi je vais devenir. Et j'ai peur.

Cette semaine, cernée par les gros coeurs rouges et les z'amoureux qui s'bécotent devant les vitrines, je passe mes journées avec une boule d'angoisse dans la gorge, avant de m'endormir avec la trouille au ventre et la larme à l'oeil (Au passage, petit conseil de Procrastino-Potato: c'est une très mauvaise idée de pleurer sur son oreiller quand on a omis de se démaquiller avant de se coucher). Qu'est-ce que je vais devenir?

J'entame ma 3ème année de célibat avec le coeur en hiver.
Ok il a été brisé, piétiné et recollé à coups d'antidépresseurs, mais ça n'explique pas tout, et j'ai la trouille qu'il ne batte plus jamais. Juste le minimum, pour fonctionner, mais qu'il ne s'emballe plus jamais pour personne. Car c'est triste à dire mais absolument personne autour de moi n'a réussi à éveiller le moindre intérêt, ces dernières années, comme si j'avais perdu la capacité d'aimer.

Oh je fais bien semblant, je soupire après le Prince Charmant, je flirtouille par moments, mais tu veux que je te dise? En vérité je m'en fous.
Si le Prince Charmant débarquait je serais fichue de le rembarrer, j'invente plein d'excuses pour refuser des invitations alors qu'en fait j'ai juste envie de m'enfermer dans le Patat'home et de caliner ma chatte (Oué non, paske ça, même pas) mon pitichat. Même quand parfois j'ai l'air intéressé, en réalité je ne le suis pas, mon encéphalo-love est plat, tout comme mon quotidien et sans doute mon avenir.

Oui mais Pataaaaate, c'est juste qu'ils ne sont pas pour toi, quand "le bon" arrivera la machine repartira, bla bla blaaaa... Je n'y crois même pas, et ce qui m'inquiète c'est que je n'ai pas vraiment l'envie d'y croire. Je m'en fous.

Quand j'ironise sur mon avenir de vieille fille, je ne plaisante qu'à moitié: je suis une coquille vide, pas trop mal sapée, joliment maquillée, l'air avenant, mais pleine de rien, à l'intérieur.
Et quand par hasard tu l'expliques à un homme, gros naze qu'il est, il prend ça pour un défi et te court après, gaspillant son temps et le tien avant de découvrir dégoûté que non non, tu n'avais pas menti: t'en as absolument rien à carrer du sexe opposé.
(Meuuuh non, je ne suis pas en train de virer lesbienne!)

Ca me rend triste.
Mais un jour prochain, ça aussi je m'en foutrai ... C'est bien ce qui m'effraie.

[Oué non mais z'avez le droit d'être amoureux, les gens, vous pouvez même être heureux, je ne le prendrai pas perso contre moi! Je vous souhaiterai même une bonne fête]


mercredi 06 janvier 2010

Puuuutain Patate, deuuux ans!! (2)



Si vous avez manqué le début
Je ne répondrai pas personnellement à tous les commentaires, ne m'en veuillez pas les gens, c'est égoïste mais ces blog-notes sont là pour moi plus que pour vous, pour exorciser le passé, pas pour m'y replonger. Je vous lis cependant, certain(e)s m'ont mis la larme à l'oeil, tous vous m'avez touchée, et je vous en remercie bien sincèrement.

Janvier 2009.
Je prends de bonnes résolutions: mieux manger, faire du sport, me faire plaisir.
Et j'en tiens déjà une immédiatement: une fois par semaine je move mon body devant un miroir. Sur de la musique. Avec des gens qui font pareil autour. Même que l'abonnement me coûte un bras, mais comme dit L'oréal la psy: je le veau bien! Et ça me fera du bien, même si pendant des semaines je m'y sens aussi à l'aise qu'une vache sur un vélo.
Vache à laquelle je commencerais presque à ressembler ... j'avais perdu 11 kilos après la rupture, un an plus tard j'en ai repris 13 et je vais les garder tout le long de l'année, avec 2 ou 3 de plus qui vont et viennent au gré de mes lubies alimentaires. Car "mieux manger" ce n'est encore qu'un horizon lointain, et je reste fidèle cliente du pot de Nut' et du MacDo du coin.
Me faire plaisir par contre, ça marche TROP bien.
J'entre dans une phase de dépenses inconsidérées (Voire considérables, culminant en une paire de pompes à 400 euros que je ne mets d'ailleurs que rarement parce qu'elles me tuent les arpions) où le seul mot d'ordre semble être "je le veux, j'ai droit au plaisir, je l'ai". Je demande une augmentation de découvert à mon banquier, et fais des folies sur les ventes privées.
La psy ce n'est plus qu'une fois par semaine, le cocktail de médocs se réduit à un anti-dépresseur. Je dors toujours aussi mal mais j'ai l'impression d'aller mieux.

Février 2009.
Après quelques mois d'une relation en pointillés et dents de scie, mon patatophile perso me plaque. Par mail. La semaine de la Saint Valentin, que je passerai seule pour la 2ème fois d'affilée.
J'ai beau savoir que c'était inévitable, que je n'y suis pour rien si monsieur rompt comme un salaud, que noooon ce n'est pas "tout un symbole", j'accuse salement le coup. En plus de toutes mes angoisses, je suis maintenant assaillie par la peur de ne jamais réussir à construire quoi que ce soit de durable avec un homme. Pire, la peur de ne plus jamais en avoir vraiment envie ...
Je m'enferme encore plus dans ma coquille, pleurant l'absence de vie sociale mais sans la force d'en affronter une.
Une rassurante routine s'installe: métro-boulot-boutiques-mauvais dodo. La fièvre acheteuse m'entoure de choses et d'objets. Je comble le vide, je surcompense l'absence, je me venge d'un passé entièrement tourné vers l'autre, bla bla blaaaaaa ... à moment donné il faudra quand même se calmer, le surendettement ça existe et la perspective n'est pas gaie.
Enième sinusito-bronchito-pharyngite (chacune m'épuisant plus que la précédente car surajoutée à un bébé ulcère de l'estomac, lui-même couplé à une jolie anémie), c'en est trop, je dois déménager de mon trou à rats pourri par l'humidité. D'ailleurs "pourri", c'est au sens propre que je le dis: mes murs sont un milieu de culture pour moisissures.

Avril 2009.
J'ai trouvé l'élan qui me manquait: un projet.
J'en ai un désormais, un projet immobilier, car la thérapie m'a permis de mettre le doigt sur l'une des sources de mon angoisse permanente: j'ai besoin d'avoir un endroit que je puisse appeler "chez moi". Pas un deux-pièces pourri choisi à la va-vite après le traumatisme de la rupture, pas le nid d'amour dont un autre pourrait m'expulser du jour au lendemain, mais un espace qui soit mien, propre, sans compromis ni conditions. Accessoirement il est temps: j'ai passé 32 ans et ce sentiment de n'être arrivée à rien me mine.
La fièvre acheteuse se calme d'elle-même.
Mon ordi est crashé depuis le mois dernier mais je ne me presse pas pour le faire réparer. Petit pincement au coeur: lors du précédent souci, je vivais avec le réparateur, que la vie était alors facile ...
Cependant, outre le fait que mes finances n'ont rien de reluisant, quel en serait l'intérêt? Ca fait longtemps que je n'allume plus le PC pour autre chose que jouer bêtement, trompant l'insomnie à coup de spider solitaire, la tête vide et le clic frénétique. Je suis passée à 4 couleurs, et je gagne régulièrement. Je gagne quoi? Le droit de rejouer. Soirées et week-ends sont suspendus au chuintement de la distribution des cartes virtuelles. Le cerveau est au repos.

Juillet 2009.
Je déménaaaaage.
J'ai trouvé un notaire, signé un compromis, trouvé un banquier qui au lendemain de la grande crise financière, n'a pas peur de prêter 100% de son projet à une Patate célibataire, fauchée et dépressive (Mais ça, judicieusement, je le lui tairai), résilié tout ce qu'il fallait comme il le fallait, souscrit tout pareil de l'autre côté, trouvé une équipe de gros bras dans un gros camion, trouvé le courage de m'endetter toute seule sur 30 ans ... par un beau matin d'été, je change d'adresse mais la carte grise c'est toujours pô fait, chuuuut et commence à camper dans les cartons. Je mise sur l'avenir, moi qui un an auparavant, arrivais tout juste à survivre à mon présent.
Tout doucement au fil de ces derniers mois, un mini-réseau social s'est tissé. Je dîne avec des collègues, j'ai sympathisé avec quelques personnes de mon cours de danse, je suis invitée à un apéro, une soirée, j'ai des copines à qui proposer expo ou ciné. Pour aussi superficiels qu'ils puissent parfois être, après mon atroce solitude, l'aisance et la légèreté de ces contacts avec de vraies personnes en chair et en os sont un vrai baume au coeur. J'ai moins de coups de blues solitaires et je passe moins de temps sur le spider solitaire. J'ai retrouvé le plaisir de bouquiner, je dors presque 4 heures d'affilée. Ma psy et ma toubib partent en congés sans que je me sente en danger. Elles sont fières de moi ... j'arrive presque à l'être aussi.

Septembre 2009.
Mon coeur tout cassé recommence à battre: un bébé chat est entré dans ma vie.
Elle m'offre autant de tendresse que de coups de griffes, ses ronrons m'apaisent, ses pitreries me font rire. Pour la première fois depuis très longtemps, je suis pressée de quitter le boulot, ma petite fripouille m'attend à la maison, quelqu'un est heureux de me voir rentrer. C'est un peu pathétique mais je le vis à fond: je deviens une vieille fille gaga de son chat.
Hasard ou conséquence? Je me replie sur ce petit univers et mon embryon de vie sociale se réduit comme peau de chagrin sans que cela me touche vraiment. Je suis bien dans ma tour d'ivoire avec mon petit félin.
Se mettre au rythme du monde c'est épuisant, se faire des amies c'est trop compliqué, quant aux hommes n'en parlons même pas, ce sont des prédateurs et j'angoisse de me sentir proie. Je n'ai pas envie de parler de moi, je me moque de ce que les gens racontent d'eux, je réduis mes activités, je mens pour décliner les invitations sans vexer. C'est mal, je le sais. Je me sens faible. j'évite d'y penser et je décommande la psy.

Octobre 2009
Ca fait deux ans ... Combien de temps encore cet anniversaire continuera-t-il à me faire plonger?
Le moral va mal, je suis épuisée, je suis seule aussi. Des amis me laissent sans nouvelles, d'autres sont là mais sont loin. J'en voudrais près de moi mais sans devoir m'en faire , Je voudrais un beau "chez moi" sans devoir y travailler, manger bien sans devoir faire à manger, voir des gens sans devoir leur parler. Je voudrais aller bien sans devoir y penser. Je ne sais même pas ce que je voudrais. Je me sens vidée, vide, vaine ... comme si l'année écoulée ne m'avait rien apporté. Mais il faut croire que si, car ça passe. Un peu. Je reprends la thérapie.

Décembre 2009.
Fin d'année difficile.
Pour ne pas être seule à Noël, je joue les Tata Patata mais le coeur n'y est pas, et là n'est pas non plus ma place, je me sens décalée, de trop, il me tarde de rentrer. Etais-je simplement trop anesthésiée pour m'en rendre compte les autres années, ou bien suis-je vraiment si avancée dans ma transformation en vieille fille indécrottable? Cette difficulté à me sentir bien en présence d'autres humains m'angoisse. Sur la route du retour, je fredonne "la vie par procuration". Bilan sans mystère d'années sans lumière ... je pleure. ca faisait longtemps.
31 décembre. J'ai refusé une invitation, ignoré un appel, je n'ai pas envie de faire semblant de m'amuser. Mon Nouvel An est solitaire mais bizarrement serein. Advienne que pourra, après tout, si c'est mon destin ...

Et maintenant où j'en suis?
Toujours sous anti-dépresseurs, mais je l'espère, pas pour toujours.
Même si j'ai bien peur d'avoir le sommeil bousillé à tout jamais, globalement je dors mieux et l'arrivée de la nuit a cessé d'être source d'angoisse, Le quotidien reste pesant, jonché d'assiettes sales et de cartons à pizza, de caisses à déballer et de poussières à faire, de linge à trier, laver, repasser, ranger ... Patate patachon a du mal à retrouver une vie normale. J'ai gagné de grands cernes gris et quelques cheveux blancs, comme des cicatrices de ces deux années noires. J'ai grossi, j'ai vieilli, j'ai mûri ...
Encore bien loin d'avoir appris à me connaître, mais sur le bon chemin. Encore plus loin de m'aimer pour de vrai, mais presque convaincue de le mériter. Je suis en tout cas certaine que quel que soit son aspect, le "bonheur" ne pourra me venir que de l'intérieur. On me l'avait bien dit, mais ça fait sans doute partie des savoirs impossibles à transmettre par la parole.

Ces deux années m'auront au moins appris une chose, c'est que si on survit à l'épreuve, tout finit par trouver un sens.
Il avait raison finalement: il me rendait service.

mardi 05 janvier 2010

Puuuutain Patate, deuuux ans!!*

* copyright Les Guignols, grande époque, les "vieux" avaient sans doute reconnu.


Note patatesque: je sais, la mode en janvier c'est de démarrer du bon pied, d'enchaîner les bons voeux, d'aligner les bonnes résolutions ... ça viendra.
Mais cette blog-note me trotte depuis un looong moment sans que jamais je n'aie le courage de revenir sur le passé, alors profitant de l'impulsion du Nouvel An, aujourd'hui Dame Patate fait le ménage dans son grenier afin que la porte puisse proprement se refermer.


Octobre 2007.
Coup de tonnerre dans un ciel que je croyais/voulais serein: l'homme de ma vie annonce la fin de notre joli roman d'amour qui durait depuis 4 ans. La décision est unilatérale, la frappe chirurgicale... mon naufrage est total.
Pendant les 3 mois qu'il me faudra pour trouver un appartement et organiser le déménagement, nous allons cohabiter dans les larmes (Pas que les miennes d'ailleurs) et les drames d'une Patate blessée, tour à tour incrédule, épouvantée, désespérée, qui hurlera, suppliera (A genoux façon "ne me quitte paaaas", oui oui, je suis descendue aussi bas), questionnera sans fin, sans jamais obtenir autre chose que "c'est pas toi c'est moi" et autres "je te rends service tu verras" de l'habituel blabla qu'on croit toujours réservé aux autres.
Je fais les courses, je prépare toujours nos repas, nous dormons sur le même matelas, il m'enlace parfois quand les pleurs me suffoquent au coeur de la nuit... J'ai tellement de mal à y croire.
Les journées se passent dans une tension permanente, je viens de commencer un nouveau boulot et il n'est pas question de m'y effondrer devant ces inconnus que sont mes collègues ou pire, devant mon chef. Je me cache dans les toilettes pour pleurer. Je cesse rapidement de me maquiller car aucun fard ni mascara ne peut résister aux torrents qui s'échappent quotidiennement de mes yeux; il me semble que je passe 80% de mon temps à pleurer: le jour, la nuit, le matin en lui disant "à ce soir", au supermarché en achetant ses yaourts, le soir dans les transports en commun où plus d'un a dû se demander qui était cette folle aux yeux vides qui n'essuyait même pas les larmes sur ses joues.
Je hante le petit café d'en bas où nous allions bruncher, et je bois des litres de chocolats pour retarder le moment de rentrer. Je pleure dans l'escalier. Je n'ai personne de proche pour m'entourer, je me confie à mon blog et aux rares copains que j'ose ennuyer.

Janvier 2008.
J'ai déménagé dans les larmes, et passé les fêtes dans un brouillard salé. Faire bonne figure devant la famille et les amis m'a un peu aidée, mais rapidement, le choc de la séparation laisse la place à un désespoir sans fond.
J'ai perdu mes repères, mon amour, ma vie, car oui, c'est idiot mais j'avais tout quitté pour cet homme, ma vie c'était nous, ce n'était que lui.
J'ai aussi perdu près de 11 kilos, pas mal de mes cheveux et toute mon énergie. Au total, je vais passer plus de 8 mois sans plus jamais me maquiller ni vraiment prendre soin de moi ... Oh que non, ça ne me ressemble pas!

Mars 2008.
J'ai beau faire semblant que tout va bien toute la journée au boulot, faire la brave en bloguant mes (més)aventures de Patate qui vit toute seule pour la première fois depuis longtemps, me raccrocher aux amis qui sont loin mais qui restent présents, ça ne suffit pas à me faire oublier qu'il n'est plus là, comme chante l'autre. Je l'aime toujours.
Mes nuits sont blanches, mon quotidien est sombre, mes week-ends solitaires se passent à sangloter ou larmoyer sur mon sort en me trouvant tous les défauts et tous les torts. Je perds pied.

Avril 2008.
Je vois une psy. Deux fois par semaine.
Du genre non remboursée par la Sécu - détail qui a son importance, vu l'état de mes finances - mais jamais argent n'aura été mieux employé: elle est ma première planche de salut.
J'ai un peu l'impression de la payer juste pour m'écouter pleurer et me tendre des kleenex, mais je peux enfin me laisser aller sans arrière-pensée ni culpabilité: son temps est à moi, je l'ai acheté. Elle ne va pas s'inquiéter à s'en rendre malade (Ma pauvre maman qui est loin), ni se lasser de mes "jérémiades" téléphoniques (Certains amis à qui, avec le recul, il m'est difficile d'en vouloir), je n'ai pas besoin de lui donner l'impression d'être compétente, je n'ai pas peur qu'elle me juge ou cesse de m'aimer ... et je pleure tant et plus.
Mais je parle aussi, et je me rends compte à quel point ça me manquait.
Car j'ai beau écrire mon chagrin sur le net, le blog parfois, les e-mails par dizaines, je n'ai personne à qui parler "en vrai". Je me rends compte que je passe des soirs et des week-ends entiers sans entendre le son de ma propre voix.
Je parle de nous, de lui, car j'ai beau désormais savoir qu'il a emménagé avec une de ses collègue de boulot pétasse pétasse pétasse, je l'aime encore et forcément, je n'étais pas assez bien. Je raconte mon chagrin, ma solitude, mon angoisse du lendemain.
Malgré cela, le quotidien est une mélasse noire dans laquelle je n'en finis pas de m'enliser, à peine retenue deux fois la semaine par cette main tendue. Je ressasse le passé, je n'ai pas le moindre avenir, mon présent ne va pas bien. Je rêve que mes proches pleurent - ou pas - à mon enterrement et me réveille avec le goût du désespoir dans la bouche. Je passe mes nuits sans sommeil à peaufiner des lettres d'adieu et de regrets où je demande pardon. Je pleure, je pleure, je pleure.
Je sombre.

Juin 2008.
Je suis sous anti-dépresseurs.
Il y a eu un moment de flottement ...hospitalisera, hospitalisera pas? Finalement ce sera "pas", j'ai passé un contrat: la toubib vient tous les jours compter le nombre de petits comprimés qui restent dans la boîte et j'ai son numéro privé. Cette formidable bonne femme et ses petits cachets blancs sont ma deuxième planche de salut. Je continue à bosser et à faire semblant: personne ne sait rien (Même si vu ma tronche, on se doute que ça ne va pas bien) et cette illusion de normalité me soutient.
Deux fois par semaine je parle toujours, et commence à comprendre que ma rupture n'est que le catalyseur de la dépression, car oui, le mot est lâché, je fais une dé-pres-sion, une vraie de vraie.
Alors je me soigne. Les médicaments apaisent l'angoisse et commencent à grignoter ce désespoir qui m'étouffe; ils me permettront de ne pas me suicider, déjà, parce que même si aujourd'hui c'est avec un certain détachement que je le dis, je suis passée tout près, et puis d'attaquer le travail. Travail de deuil d'abord, qui prendra plusieurs mois avec des hauts et des bas, et puis surtout travail sur moi. Parce que moi je ne vais pas bien, je ne suis pas bien, je ne m'aime pas bien, je ne me connais même pas bien ... C'est pénible, douloureux, c'est long et c'est loin d'être terminé.

Je me coupe du monde, son sort n'arrive plus à m'intéresser, je vais passer des mois sans journal, ni radio ni télé. A ce jour je l'avoue, je n'ai toujours pas réussi à me re-passionner pour les actualités.
L'éventuelle attention des gens me met mal à l'aise - je ne sais pas quoi leur dire et les larmes ne sont jamais loin -- quant à celle des hommes, elle m'agresse carrément. Je m'enfonce encore plus dans l'isolement, mais c'est pour la bonne cause. Enfin je crois.

Octobre 2008.
Ca fait un an, je me remets à pleurer ... Zut! Moi qu venais juste de recommencer à me maquiller.
Je pleure pour moi, plus pour lui, c'est déjà ça, mais je replonge. J'ai repris quasiment tout le poids perdu l'an dernier, mais c'est à cause des médocs. Et des crises de boulimie aussi (Comme je ne sais pas me faire vomir, ben forcément, je grossis!). Je ne cuisine plus depuis longtemps, je me nourris de MacDo, de pizzas et de paquets de gâteaux. Le gras et le sucré sont des amis-doudoux sur lesquels compter.
Malgré les médocs, la nuit je ne dors toujours pas. D'un anti-dépresseur, on passe à deux, avec du plus costaud niveau somnifères. La nuit ça marche moyen. La journée je suis un zombie.

Dans ce marasme, je ne sais trop comment, un homme se faufile et je le vis étrangement: c'est merveilleux de retrouver une peau contre la sienne, mais déroutant que ce ne soit pas celle que l'on aimait. Car même si je vais m'employer à essayer, ce garçon je ne l'aime pas. Et puis mon cocktail de cachets n'aide pas à s'investir ou à se lacher. Ou alors c'est moi, je ne sais pas, mais cette relation me fait finalement plus de peur que de bien.
C'était trop tôt peut-être, je ne réponds pas à ses attentes et je ne sais même pas quelles sont les miennes. J'envie cette copine qui depuis sa rupture aligne les mecs comme moi les bonbecs, et à qui ça semble faire tant de bien. Je me sens nulle, découragée autant que décourageante.
Je fais des crises d'angoisse.

Décembre 2008.
J'ai survécu jusqu'aux fêtes, que je passe pareil que l'année précédente.
Un peu moins désespérée, un peu plus hébétée. Un peu moins de larmes, un peu plus d'alcool. Je ne dors toujours pas mieux.

Fin de la première année

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